" Faites toujours que votre tableau soit une ouverture au monde. " Léonard de Vinci.

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« Bernadette Broussal, le trouble et la révélation », par Canoline Critiks


Canoline Canault analyse les talents émergents de l’art contemporain.

(article publié en septembre 2018)

Elle joue de la plasticité pour défendre la forme tout en pratiquant le flou. Ses toiles sont des impressions ultra-contemporaines où l’effacement, l’apparition, la vibration du relief, de la brillance et de la transparence s’effleurent du regard.

Bernadette Broussal préserve le secret d’un procédé de fabrication sophistiqué. Sur un espace vierge, elle travaille un fond constitué de tâches, de matières, cette surface abstraite apporte une première orientation par sa couleur et sa clarté. Puis la représentation s’insère sous les traits d’un corps réalisé au pastel sec, à l’acrylique et à l’encre. C’est la trame, la liaison avec une troisième étape de création ; un voilage recouvrant la toile préparée. Le voile fin, synthétique, en tulle ou en soie blanche, unique ou multiple, est amovible et plus ou moins translucide. Il laisse deviner ce qui se passe derrière par un léger souffle, un mouvement de la main, un courant d’air succinct… Cet ultime support est peint, on peut y distinguer des nuages et d’autres incarnations célestes qui se superposent comme un calque, tel un marquage qui voile en révélant.

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Corps de nuages FEMME de DOS (rose)
50 x 50 cm - Acrylique, encre.
Toile peinte superposée d’un tulle et d’une voile synthétique, peints et fixés uniquement en haut (effeuillable)

Le ciel, la nature, la couleur deviennent les éléments phénoménologiques conducteurs qui succèdent à des recherches sur le paysage urbain et sur la plus suprême des couleurs.
« J’ai longtemps travaillé l’architecture des villes et le blanc ; ce que cette couleur donne à voir. Mais le blanc opacifie, laisse comme un voile de lait (…) Je suis donc légitimement partie en quête de transparence. » La transparence est désormais facteur de distinction comme la couleur qui participe à la déconstruction et la disparition des traces. Ces nouveaux procédés soutiennent l’effacement progressif en reliant d’authentiques correspondances visibles.

Travaillé dans la profondeur et le mouvement, l’effet, d’apparence labile, est particulièrement surprenant. Entre fluidité et révélation, l’artiste mixe ces différentes « peaux. » Elle trouble l’expérience en brisant les codes visuels. La superposition et la distinction des supports nous invite à entrer dans la construction de l’œuvre. Le tableau se lit telle une mélodie qui compose ses fugues en mouvement avec ses respirations secrètes.
De l’abstrait au figuré, de la couche supérieure à la couche inférieure, on traverse plusieurs mondes, au-delà du réel. L’impact de l’espace extérieur sur l’intérieur, de la surface sur le fond fait surgir une nouvelle dimension. Le prisme se transforme. Certains éléments apparaissent progressivement ; la courbe d’une hanche, l’arrondi d’une épaule… L’image se fragmente et se rétablit avec une nouvelle lisibilité plus précise. « C’est le corps que je souhaite cacher, il est volontairement l’élément plus lointain du regard. » Sous cette fausse opacité et grâce à la persistance rétinienne, les images subliminales se fabriquent.
 « Une sorte de croyance se créée dans notre vision qui nous permet de garder en mémoire la forme que l’on vient d’identifier. Comme lorsque l’on scrute le ciel et que l’on se figure un personnage, une scène, une représentation purement imaginée. » 

Sens et contre sens, discernement et transformation, l’illusion s’ajuste puis se trouble. Le spectateur s’approprie la fin de l’histoire. « Ma peinture reste ouverte et ne crie pas ce qu’elle a à dire, elle nécessite un cheminement personnel avant d’approcher la révélation. »

Tout n’est pas accessible immédiatement. Il s’agit d’apprécier avant de comprendre. Chaque toile est une invitation à laisser s’exprimer l’émotion en premier lieu avant de contempler, questionner, ralentir, s’extasier. La simplicité peut se révéler extraordinaire pour peu que l’on s’abandonne à la surprise picturale et à l’erreur de perception. Il faut s’éloigner, se rapprocher, examiner l’œuvre frontalement, sur les côtés. Ce processus lent laisse une image agréable émerger avec subtilité et douceur. C’est une invitation à découvrir les possibles, redonner à voir dans un autre espace, entre le connu et le rêvé, la-même où la réalité est multiple. Les créations de Bernadette sont en processus de métamorphose, suspendues dans un potentiel équilibre. Elles sont les formes évolutives qui ont été et qui ne sont pas encore ce qu’elles seront.